• Comment les femmes fréquentaient elles les mosquées durant la période prophétique?

    À l'époque du Messager d'Allah (paix et salut sur lui), les compagnons et leurs femmes étaient globalement emplis d'une ferveur religieuse qui ne sera plus jamais retrouvée, délaissant les tentations de ce bas-monde et faisant les plus grands sacrifices pour que la dernière Révélation puisse être transmise aux générations futures. Cette ferveur se manifestait en bien des aspects différents et nous allons nous attarder sur l'un de ses aspects : la fréquentation par les compagnonnes des mosquées au temps du Prophète (paix et salut sur lui).

     

    Allah a ordonné aux croyants d'édifier ces temples que sont les mosquées afin de l'adorer Seul : {Certes les mosquées sont pour Allah, n'y invoquez donc personne en dehors d'Allah} (Les Djinns, 18).

    Concernant les femmes, l'idée essentielle à retenir est qu'elles pouvaient fréquenter assidûment les mosquées, et que le degré de fréquentation dépendait de la volonté et de la possibilité des unes et des autres. Il faut dire qu'en venant assister aux prières quotidiennes, celles à voix haute notamment, les croyants et les croyantes pouvaient apprendre directement le Coran et les dernières Révélations divines. En assistant aux prêches, ils revivifiaient leur foi et savaient comment pratiquer leur dîn. En se retrouvant en groupe, les croyants pouvaient réaliser la fraternité islamique. En y trouvant le Prophète (paix et salut sur lui), les compagnons savants et les imams, ils pouvaient être en contact avec les autorités religieuses et politiques, pour tout besoin.

     

    Les hadiths authentiques nous montrent dans quelle mesure les compagnonnes se rendaient dans les mosquées, en termes de fréquence et de circonstances liés à tels ou tels événements ou motifs :

     

    Les hadiths montrant une fréquentation quotidienne par certaines compagnonnes : 

     

    Ibn ‘Umar rapporte : « L’épouse de ‘Umar [b. al-Khattâb] avait l’habitude d’assister aux prières collectives de l’aube et du soir à la mosquée. On lui dit : « Pourquoi sors-tu alors que tu sais que ‘Umar n’aime pas cela et est jaloux ? — Et qu’est-ce qui l’empêche de me l’interdire ? demanda-t-elle. — Ce qui l’empêche, c’est la parole du Messager d’Allâh : « N’interdisez pas aux servantes d’Allâh de se rendre dans Ses mosquées. » lui répondit-on. »[1]

     

    ‘Aïcha a dit : « Des femmes parmi les Croyantes participaient à la prière de l’aurore (fajr) qu’accomplissait l’Envoyé de Dieu. Elles étaient recouvertes par leurs voiles et (dès la prière terminée), elles repartaient vers leurs habitations sans être reconnues. »[2]

     

    Les hadiths montrant une fréquentation régulière :

     

    Sahl ibn Sa`d (qu'Allah soit satisfait de lui) a dit : « J'ai vu des hommes qui avaient noué leur pagne (izâr) autour de leur cou, comme le font les enfants, à cause du rétrécissement de ces vêtements, en priant derrière le Prophète (paix et salut sur lui) ; et on recommandait aux femmes de ne pas relever la tête avant que les hommes ne se soient complètement assis[3].

     

    'Anas ibn Mâlik (qu'Allah soit satisfait de lui) a dit : « Si le Prophète (paix et salut sur lui) entendait les pleurs d'un enfant accompagnant sa mère (pendant la prière comme), il récitait de préférence des courtes sourates (afin de terminer vite la prière) »[4].

     

    Selon Abou Hourayra, le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Si une femme s'est parfumée, qu'elle n'assiste pas avec nous à la prière du soir »[5].

     

    Des compagnonnes se rendaient à la prière du vendredi (jumu'a) :

     

    Oumm Hicham la fille de Hârith a dit : « Je n'ai appris la sourate Qâf que de la bouche du Prophète qu'il lisait chaque vendredi en faisant son sermon[6] ».

     

    Le Prophète Mohamed (paix et salut sur lui) faisait sortir toutes les femmes pour l'Aïd

     

    Hafsa bint Sîrîn rapporte : « Nous empêchions nos servantes sortir le jour de la fête. Une fois, une femme arriva et s’installa au palais des Banû Khalaf. Je lui rendis alors visite et elle me raconta que le mari de sa sœur avait participé à douze expéditions avec le Prophète, et que sa sœur avait accompagné son mari dans six expéditions. Cette dernière lui avait raconté qu’elle s’occupait des malades et soignait les blessés avec les femmes, et qu’elle demanda au Prophète : « Messager d’Allâh, si l’une d’entre nous n’a pas de vêtement de sorti, y a-t-il un mal si elle ne sort pas ? — Plutôt qu’une de ses compagnes lui prête son vêtement de sortie pour qu’elle assiste au bien et aux invocations des croyants », répondit le Prophète.

     

    Quand vint Umm `Atiyya, ajoute Hafsa, je la questionnai si elle avait entendu les propos du Prophète. – Oui, par mon père, dit-elle - et elle n’évoquait jamais l’Envoyé de Dieu sans dire - par mon père – Je l’ai entendu déclarer : - les filles nubiles et les femmes que l’on dissimule aux yeux des gens, de même que les femmes qui ont leurs règles, doivent assister aux œuvres méritoires et aux invocations des Croyants. Les femmes seront à part dans le lieu de prière. – Les femmes qui ont leurs règles ? Interrogeai-je – Oui, me rétorqua Umm `Atiyya, elles assistent bien à 'Arafa et à tel et tel (office). »[7]

     

    Le Prophète Mohamed (paix et salut sur lui) enseigne aux hommes et aux femmes dans la mosquée

     

    Peu après que son délai de viduité de veuvage fut terminé, Fatima bint Qays entendit l'appel à la prière et se rendit à la mosquée pour prier. Elle raconte : « J'étais dans le rang des femmes. Lorsque le Messager d'Allah saw finit sa prière, il s'assit sur la chaire et souriait. Ensuite, il dit : que chacun reste à sa place. Ensuite, il demanda : savez-vous pourquoi je vous ai rassemblé ? Ils répondirent : Allah et Son Messager savent mieux. Il dit : par Allah, je ne vous ai pas rassemblé pour quelque chose que vous désirez ou quelque chose que vous craignez. Plutôt, je vous ai rassemblé, car Tamîm ad-Dârî qui était chrétien, est venu, a prêté allégeance, et a embrassé l'Islam, et m'a raconté une histoire qui confirme ce que je vous avais raconté sur le dajjal. Ensuite Fatima raconta la longue histoire de Tamîm al-Dârî. »[8]

     

    Le Prophète Mohamed(paix et salut sur lui) faisait des prêches spécifiques aux femmes dans la mosquée

     

    Al-Bukhari raconte sur l'autorité d'Ibn-Abbas, qui a dit: «J'ai assisté à la prière de l'Aid-al-Fitr avec le Prophète (que la paix soit sur lui) et Abou Bakr et Othman. Ils ont accomplir la prière avant le sermon. Plus tard, le Prophète (paix soit sur lui) a prononcé son discours de l'Aïd et ensuite venir faire son chemin à travers les gens, jusqu'à ce qu'il atteigne les dames, accompagné de Bilal. Le Prophète (paix soit sur lui) a lu le verset suivant du Coran : {60.12.  O Prophète ! Lorsque les croyantes viennent te faire allégeance en jurant qu'elles n'associeront rien à Dieu, qu'elles ne voleront pas, qu'elles ne commettront pas d'adultère, qu'elles ne tueront pas leurs enfants, qu'elles ne proféreront aucun mensonge forgé entre leurs mains et leurs pieds, qu'elles ne te désobéiront en rien de ce qui est convenable, reçois alors leur serment d'allégeance et demande pardon à Dieu pour elles. Certes, Dieu est Tout pardon, Clément !}.[9] «Lorsque le Prophète en avait fini avec ces versets, il leur dit : se sont-elles toutes engagées à cela ? » (…)

     

    La suite du hadith raconte comment Bilal recueillit les bijoux que les femmes donnèrent en aumône[10].

     

    Les compagnonnes demandent un jour (hebdomadaire) d'enseignement auprès du Prophète (paix et salut sur lui)

     

    D’après Abou Sa’id El Khodry, des femmes s’adressèrent un jour au Prophète et lui dirent : « Les hommes sont prioritaires auprès de toi. Consacre-nous un jour que tu choisiras (pour nous prodiguer l’enseignement).» Le Prophète leur consacra donc un jour et leur fit un prêche comportant des choses et d’autres. Dans ses propos, il leur annonça ceci : - Aucune femme parmi vous ne présentera trois de ses enfants (que ses enfants meurent) sans qu’une séparation ne soit dressée entre elle et l’enfer. Une femme intervint pour demander :- Et s’il n’y a que deux (enfants) ? - Oui même deux, répondit, le Prophète. »[11]

     

    En plus de la mosquée principale où le Prophète (paix et salut sur lui) officiait à Médine, il avait fait fonder huit autres mosquées de quartier[12], dont une dans la maison d'une femme érudite en Coran du nom d'Umm Waraqah.

     

    Les compagnonnes pouvaient venir aux autres mosquées de quartier

     

    Asmâ’ [bint Yazid] dit : « J’ai vu le Prophète d’Allah faire la prière du coucher du soleil (maghrîb), dans notre mosquée, je suis arrivée avec un morceau de viande et du pain, le suppliant de dîner.(...) [13]

     

    Le Prophète (paix et salut sur lui) contribue à faire de la maison d'une femme une mosquée

     

    D'après ʿAbdarrahman ibn Khallâd, le Prophète (paix et salut sur lui)rendait visite à Umm Waraqa dans sa maison. Il lui avait adjoint un Muezzin particulier et commanda à Umm Waraqa de diriger les prières pour les gens de sa maison.[14]

     

    La femme qui dort dans la mosquée

     

    Selon ‘Aïcha, une femme esclave avait été affranchie par une tribu arabe. Cette femme, déjà avancée en âge continuait à vivre parmi les membres de cette tribu. Or un jour, une fille de ce clan posa par terre – ou égara – une ceinture rouge qu’elle possédait. Un oiseau de proie de passage prit cet objet pour un morceau de viande, s’en empara et l’emporta. On entreprit alors des recherches sans réussir à retrouver la ceinture et on accusa l’affranchie de l’avoir dérobée. On se mit donc à la fouiller allant jusqu’à son intimité. « Par Dieu, dit l’affranchie, j’étais debout avec eux, lorsque le rapace en nous survolant laissa tomber la ceinture au milieu des membres de la tribu. - Voilà, leur dis-je l’objet pour lequel j’ai été accusée, alors que je suis innocente. » L’affranchie s’en alla trouver l’Envoyé de Dieu, à la suite de cet événement et se convertit à l’Islam. Cette femme avait un refuge – ou une tente – à la mosquée, précise ‘Aïcha. Elle venait discuter avec moi et jamais elle ne prenait place sans commencer par dire : « Le jour de la ceinture a été un des miracles de Dieu, car il m’a délivré du pays de l’infidélité… »[15]

     

    Il reste bien entendu d'autres récits que nous n'avons pas évoqués concernant les femmes dans les mosquées à l'époque prophétique, comme le hadith où les croyantes ont assisté à la prière de l'éclipse, d'autres où des croyantes sont venues interroger le Prophète (paix et salut sur lui) en public, d'autres où certaines femmes du Messager d'Allah (paix et salut sur lui) ont fait qiyam-al-layl, où l'une a traversé la mosquée pour aller chercher un livre alors qu'elle avait ses règles, etc.

     

    En conclusion, il ressort des hadiths que les premières croyantes à l'époque prophétique pouvaient venir souvent à la mosquée si elles le désiraient, pour les prières quotidiennes ou les prières dédiées à certaines occasions, pour écouter les sermons et revivifier leur foi, pour apprendre leur religion auprès des gens de science de référence, pour participer aux invocations des croyants et assister au bien, pour l'entraide et la fraternité...

     

    Quant à vouloir empêcher les croyantes des générations ultérieures de fréquenter les mosquées et de profiter de tous ses bienfaits, le hadith suivant constitue peut-être la meilleure réponse, en plus du fait que les quatre califes bien guidés ne les ont pas empêchés bien que le niveau de piété ait baissé dans la communauté[16] :

     

    Ibn ‘Umar a dit : « J'ai entendu le Messager d'Allah dire : « N'interdisez pas à vos femmes de se rendre à la mosquée si elles en sollicitent l'autorisation. »
    Bilal Ibn 'Abdullah rétorqua : « au nom d'Allah, nous le leur interdirons ».
    Il dit : 'Abdullah se retourna vers lui et lui adressa une insulte si humiliante comme je n'en avais jamais entendu et lui dit : je te rapporte les propos du Messager d'Allah (paix et salut sur lui) et tu dis : au nom d'Allah, nous ne le leur interdirons ! ».[17]

     

     

     


     

    [1]          Sahih al Boukhârî.

     

    [2]          Sahih al Boukhârî et Sahih Muslim.

     

    [3]          Sahih Muslim.

     

    [4]          Sahih Muslim.

     

    [5]          Sahih Muslim.

     

    [6]         Sahih Muslim.

     

    [7]          Sahih al Boukhârî.

     

    [8]          Sahih Muslim.

     

    [9]          Coran, s. Mumtahanah v. 12.

     

    [10]        Sahih al Boukhârî.

     

    [11]        Sahih al Boukhârî.

     

    [12]        M. Hamidullah, Le Prophète de l'Islam, t. 2, p. 695.

     

    [13]        Fdal Haja , La vie des sahabiyat.

     

    [14]       Hadîth rapporté par Abû Dâwûd et ibn Khuzayma qui le déclare authentique.

     

    [15]        Sahih Al-Bukhârî.

     

    [16]        Le Messager d'Allah (pbDsl) a dit : « Ma sounna vous incombe ainsi que la sounna des califes bien guidés. Mordez-y avec les molaires et prenez garde aux innovations, car toute innovation est un égarement. » Sunan Abu Dâwûd.

     

    [17]       Sahih Muslim.

     

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  • Commentaires

    1
    Abderrahmane
    Mercredi 3 Juin 2015 à 22:36
    Concernant la prière des femmes dans les mosquées, il y a aussi le hadith valorisant la prière dans la maison que celle de la mosquée contraire aux hommes! est-ce vrai?


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