• Le comportement envers les non musulmans

    Question:

    Il arrive parfois à ma collègue de travail, qui est une non-musulmane, de dire des choses qui m'irritent énormément. Lorsque cela se passe, il m'arrive de dire à certaines de mes amies que je n'aime pas ma collègue, qu'elle m'énerve etc… Puis, lorsque je la revoie à nouveau, je suis obligée de lui sourire et d'agir avec elle comme si je l'appréciais. De même, quand il lui arrive quelque chose et qu’elle vient m’en parler, cela me fait mal et je compatis à sa souffrance. Est-ce que la conduite que j'ai envers elle est considéré comme de l'hypocrisie. Est-ce un péché de ma part d'agir ainsi ?

     

    Réponse :
     
    Par rapport à ce que vous évoquez, avant même d’essayer d’apporter une réponse, il me semble indispensable de débuter par un petit rappel d’un certain nombre de notions :

     

           1. Comme vous le savez certainement, l’objectif de l’Islam n’a jamais été de porter atteinte aux intérêts de la société humaine, bien au contraire… En montrant à ses créatures la voie de l’Islam, Allah leur a donné le meilleur moyen qui soit de parvenir à l’équilibre et à la stabilité dans les relations entre individus. C’est la raison pour laquelle, il a été ordonné au musulman et à la musulmane de bien se comporter, de faire preuve de bonté et de miséricorde, non seulement à l’égard des musulmans, mais également envers ceux qui ne partagent pas leur foi et qui ne manifestent pas pour autant de la haine et de l’animosité à l’égard de l’Islam. Le Qour’aane est on ne peut plus clair sur ce point :

     

          " Allah ne vous défend pas d’être bienfaisants et équitables envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour la religion et ne vous ont pas chassés de vos demeures. Car Allah aime les équitables. " (Sourate 60 / Verset 8)

     

          On trouve dans la vie du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) et de ses Compagnons (radhia Allâhou anhoum) des exemples remarquables de cette bonté et de cette compassion à l’égard de ceux qui n’étaient pas musulmans. L’épisode de l’entrée triomphale du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) dans la ville de Makkah en l’an 8 de l’Hégire et l’amnistie qu’il prononça alors en faveur des païens qui, il ne faut pas l’oublier, l’avaient chassé des années auparavant de cette terre sacrée, compte parmi les manifestation les plus éclatantes de sa noblesse de caractère.

     

           2. En sus de ce devoir de bonté et de miséricorde, le musulman est aussi dans l’obligation de faire preuve d’équité et de justice, et ce, quelque soient les conditions dans lesquelles il se trouve. Allah dit dans le Qour’aane :

     

          " Ô les croyants ! Soyez stricts (dans vos devoirs) envers Allah et (soyez) des témoins équitables. Et que la haine pour un peuple ne vous incite pas à être injuste. Pratiquez l’équité : cela est plus proche de la piété. Et craignez Allah. Car Allah est certes Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. " (Sourate 5 / Verset 8)

     

           3. Par ailleurs, un verset du Qour'aane prescrit le bon comportement envers un certain nombre de catégories de personnes. Allah dit :

     

          " Adorez Allah et ne Lui donnez aucun associé. Agissez avec bonté envers (vos) père et mère, les proches, les orphelins, les pauvres, le proche voisin, le voisin lointain, le compagnon (ou le collègue) et le voyageur, et les esclaves en votre possession, car Allah n'aime pas, en vérité, le présomptueux, l'arrogant " (Sourate 4 / Verset 36)

     

          En commentant ce verset, les savants relèvent que l’injonction concernant la bonne conduite envers les voisins et les collègues ne fait aucune allusion à une éventuelle différence de traitement en fonction de la religion. Ce qui signifie qu’il s’applique également à l’égard de ceux qui ne sont pas musulmans. Ibné Hadjar r.a. confirme ceci en citant une Tradition, qui relate qu’un Compagnon (il s’agit de Ibné Oumar (radhia Allâhou anhou), si mes souvenirs sont bons) donnait justement au verset sus-cité une portée élargie. Ainsi, lorsqu’un animal était égorgé chez lui, il ordonnait à sa famille d’en envoyer une partie chez son voisin qui était de religion juive. Dans un autre Hadith rapporté par At Tabrâni, il est dit en ce sens : " Il y a trois types de voisins : Ceux qui ont un seul droit : Il s’agit des voisins non musulmans. Il y a ensuite ceux qui ont un double droit : les voisins musulmans. Enfin, il y a ceux qui ont un triple droit : le voisin musulman qui est également de la famille. "

     

          De même, comme il a été dit plus haut, ce verset empêche également que l’on nuise à son compagnon, même si celui-ci n’est pas musulman. Selon certains commentateurs du Qour'aane, cette injonction s’applique aussi aux collègues de travail. (Réf : " Rouhoul Maâniy ").

     

           4. Il est à noter cependant que si une personne persiste à adopter une position hostile à l’égard de l’Islam et des musulmans, dans ce cas on se doit de manifester notre opposition envers lui, comme nous l’ordonne le Qour'aane :

     

          " Allah vous défend seulement de prendre pour alliés ceux qui vous ont combattus pour la religion, chassés de vos demeures et ont aidé à votre expulsion. Et ceux qui les prennent pour alliés sont les injustes. " (Sourate 60 / Verset 9)

     

           5. Il est important aussi de rappeler que si la médisance (" Ghibah ") est un grand péché en Islam, il n’en reste pas moins que les savants ont relevé un certain nombre de cas dans lesquels il devient autorisé. Ainsi, l’Imâm Nawawi r.a. rappelle (dans son célèbre ouvrage " Riyadh ous Sâlihin ") que le " Ghîbah " est autorisé quand il s’agit de mettre les musulmans en garde contre un risque éventuel ou lorsqu’on donne des conseils, dans des cas bien déterminés. L’Imâm Boukhâri a établi un petit chapitre dans son " Sahih oul Boukhâri " à ce sujet, en l’intitulant : " Bâb Mâ Yadjoûzou min Ightiyâb ahlil fasâd ", " Chapitre portant sur la médisance qui est permise envers les personnes corrompues (ou perverses) ". C’est à l’intérieur de ce chapitre qu’il cite un Hadith qu’il est intéressant de relever :

     

          Aïcha (radhia Allâhou anha) raconte qu’une fois, un homme demanda la permission de pénétrer chez le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) . Celui-ci dit : "Faites-le entrer . Quel mauvais frère de la tribu ! " Puis, lorsque la personne fut là, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) lui parla avec douceur. Je demandai alors (après qu’il fut reparti) : " Ô Envoyé d’Allah ! Tu as dit à son sujet ce que tu as dis (avant qu’il n’entre)… puis tu lui a (quand même parlé) avec douceur ? " Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) répondit : "Aïcha, le pire des gens est celui que les autres évitent - ou délaissent – à cause de sa grossièreté (et de son mauvais caractère) ". (Boukhâri)

     

          Les commentateurs de Hadiths ont déduit à partir de là qu’il est permis de médire celui qui commet des péchés ouvertement ou qui représente un risque pour les gens, afin de les mettre en garde quant à sa véritable nature.

     

           6. Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a tenu des propos très durs dans les Hadiths à l’égard de celui qui fait preuve de duplicité (" Dhoul Wadjhayn "). Les savants rappellent que le " Dhoul Wadjhayn " (littéralement, celui qui a deux visages) se caractérise par son habitude à se présenter à différentes parties opposées en faisant croire à chaque fois qu’il est un des leurs et donc opposé aux autres. Ce genre de personne compte parmi les pires des individus. Par contre, l’acte de celui qui va rencontrer différentes parties en conflit et laisse croire à chacune d’elles qu’il est de leur côté, et ce, dans le but de trouver un moyen afin de les réconcilier, est tout à fait louable. ( Référence : " Nouzhat oul Mouttaquin " , commentaire de " Riyâdh ous Salihin " ) Par ailleurs, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a également interdit " an namimah ". En commentant ce terme, Imâm Nawawy r.a.. explique qu’il désigne le fait colporter et de rapporter les propos des uns vers les autres dans le but de les diviser et de semer le désordre.

     

     

    A partir de toutes ces données, voici humblement ce que je puis vous dire par rapport à votre situation :

     

        * D’après ce qui a été dit dans le point N°1 et N°2, il est clair que vous devez effectivement continuer à bien vous comporter et à bien agir, même envers celle qui n'est pas musulmane. Maintenant, s’il lui arrive de dire quelque chose en rapport avec vous qui ne vous fait pas plaisir, il est tout à fait naturel que vous soyez irritée à cause de cela ; cependant, il vous faut quand même essayer de vous maîtriser et de ne lui nuire en aucune façon, ne serait-ce que par la parole. N’oubliez pas ce que Aïcha (radhia Allâhou anha) disait :

     

    " Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) (…) ne s’est jamais vengé de quelqu’un qui lui avait nuit, sauf lorsque les interdits (institués) par Allah étaient bafoués. Alors, il se vengeait pour Allah. " (Rapporté par Mouslim)

     

    Il y a de nombreux autres Hadiths qui nous enseignent que nous devons nous montrer indulgent envers les ignorants. Anas (radhia Allâhou anhou) rapporte :

     

    " Je marchais en compagnie du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) qui était vêtu d’un manteau provenant de Nadjrân et bordé d’un galon rêche et épais. Un bédouin le rejoignit et le tira violemment par son manteau ; je vis alors l’épaule du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) qui était égratignée par le bord de son manteau, tant le geste du bédouin avait été brutal. Ce dernier lui dit : " Mouhammad, fais-moi donner une partie des biens que Dieu a mis en ta possession. " Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) se tournant vers lui, se mit à rire et ordonna qu’on lui verse de l’argent . " (Boukhâri et Mouslim)

     

    Ibné Mas’oûd (radhia Allâhou anhou) rapporte pour sa part :

     

    " Je revois encore l’Envoyé d’Allah (sallallâhou alayhi wa sallam), imitant un Prophète (alayhis salâm) que son peuple avait frappé et fait saigner. Il essuyait le sang de son visage en disant :

     

    " Mon Dieu pardonne à mon peuple, car il ne sait pas. " (Boukhâri et Mouslim)

     

    Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) disait également :

     

    " L’homme fort n’est pas celui qui est (toujours) prêt à se battre ; mais c’est celui qui se maîtrise dans les moments de colère. " (Boukhâri et Mouslim)

     

        * Par contre, si la femme non musulmane s’en prend directement à l’Islam, dans ce cas vous devez lui manifester clairement votre désaccord comme nous l’avons vu dans le verset cité dans le point N°4. Cependant, même dans ce cas, vous avez envers elle un devoir de justice. (Voir N°2)

     

        * Dans le cas où elle représenterai un risque pour les autres personnes de votre entourage, vous pouvez alors les avertir à son sujet et les mettre au courant de sa véritable nature. Cela ne sera pas considéré comme un acte de médisance, comme nous l’avons vu dans le Hadith cité dans le point N°5.

     

        * Mais même dans ce cas, vous devez continuer à bien agir envers elle et à ne pas adopter à son égard une mauvaise conduite, comme l’a enseigné le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) à Aïcha (radhia Allâhou anha) (Voir N°5) Un tel comportement dans ce cas n’est pas assimilé à de l’hypocrisie et à de la duplicité. Le véritable sens de ces péchés a été clairement exposé dans le point N°6.

     

    Voici donc humblement ce que je peux vous dire par rapport à votre question.

     

    Wa Allâhou A'lam !

     

    Le comportement envers les non musulmans



    Cheikh Mouhammad Patel

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