• *Ruqiyya, fille de Muhammad (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui)*

    Les cris et les pleurs de Zaynab vibraient encore entre les quatre murs de la maison, quand une seconde fille, Ruqiyya , était venue égayer la maison du Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) et de son épouse Khadija . Cette naissance était comme la première une bonne et heureuse nouvelle. 

    Comme ses soeurs, elle reçut la meilleure éducation. 



    Le mariage des deux soeurs : 


    Quelque temps après le mariage de Zaynab avec Abu l-As Ibnu-r-Rabi', une délégation de la famille de Abd al-Muttalib arriva dans la maison de Muhammad . Elle etait venue pour demander la main de Ruqiyya et sa petite soeur Um Kaltoum pour 'Ataba et 'Utayba, les deux neveux de 'Abdul-'Uzza. 

    Les deux filles n'avaient rien à reprocher aux deux prétendants, mais elles s'inquietèrent de la réputation de Umm Jamila, la femme de 'Abdul-'Uzza et mère des deux jeunes hommes, qui était connue pour avoir un coeur dur, insensible aux malheurs des autres. Elle était, de plus, une mauvaise langue. 

    Mais Ruqiyya et Um Kaltoum ne purent pas décliner la proposition de mariage, car un refus aurait été ressentit comme un affront et une humiliation à Umm Jamila, qui n'aurait pas hésité à créer une zizanie dans le clan Quraychite. 

    Ainsi, elles acceptèrent de se marier pour ne pas causer de problème entre leur Père Muhammed (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) et ses proches parents. Il ne leur restait qu'à supporter l'animosité de 'Abdu-l-'Uzza et la malveillance de sa femme. 

    Répudiation et Persécution 

    Le Mariage ne durera pas longtemps. En effet, dès que le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) commença sa mission et se mit a appeler les gens à la religion de la vérité, ses deux filles Umm Kaltoum et Ruqiyya furent chassées de la maison d''Abdu-l-'Uzza surnommé Abu Lahab et retournèrent auprès de leur père et leur mère. 

    Les membres de la famille des deux maris, enracinés dans leur idolâtrie, avaient été encouragés par les Quraysh, aussi entêtés dans leur mécréance qu'eux, à répudier les deux filles sans tarder : 

    - En vous mariant avec ses filles, vous avez soulagé Muhammad (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) de ses soucis. Rendez lui donc ses filles pour le faire replonger dans ses insolubles problèmes. 

    Ils promirent aux deux fils d'Abu Lahab de les marier avec n'importe quelles autres femmes qurayshites qui leur plairaient. 

    Umm Jamil etait, en réalité, jalouse de as-sayyida Khadija. Elle éprouvait même de la haine envers elle. En incitant les gens contre Muhammad (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui), elle voulait, par la même occasion, altérer le bonheur de son épouse, bonheur qui était cité en exemple dans le milieu mecquois. Non seulement, elle lui rendit ses deux filles, mais elle, et son mari, descendirent dans l'arène de la bataille qui opposait le Sceau des envoyés aux Qurayshites. Il n'y avait pas quelqu'un d'aussi virulent qu'elle et aussi méchant que son époux. 

    C'est d'elle et de son mari qu'il est question dans la sourate 111 intitulée « Al-Massad », ce qui augmentera davantage leur colère et leur agression : 

    Que périssent les deux mains d´Abu-Lahab et que lui-même périsse. Sa fortune ne lui sert à rien, ni ce qu´il a acquis. Il sera brûlé dans un Feu plein de flammes. De même sa femme, la porteuse de bois, à son cou, une corde de fibres. 

    Lorsque cette sourate fut revelée, Umm Jamil, la femme d'Abu Lahab, chercha le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) qui se trouvait avec Abu Bakr dans l'enceinte de la Ka'ba. Ce dernier, en voyant Umm Jamil s'avancer vers eux, dit au Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui)

    - Mets-toi de côté ou quitte la mosquée car il semble qu'elle est venue t'agresser. 

    Abu Bakr, quelque peu surpris, reçut cette réponse : 

    - Il y aura comme un écran entre elle et moi. Ainsi elle ne le vit pas. 

    La femme d'Abu Lahab dit à Abu Bakr sur un ton coléreux, tout en dévoilant son ignorance sur l'origine et la portée de la révélation divine : 

    - Ton compagnon fait de la poésie contre moi. 

    Abu Bakr répliqua comme pour rectifier l'erreur de cette femme perfide et lui expliquer la vraie dimension du Livre de Dieu : 

    - Par Allah ! Il ne dit pas de la poésie. 

    Quand elle partit, étonné, Abu Bakr dit à son ami : 

    - Ô Envoyé de Dieu ! Comment se fait il qu'elle n'a pas pu te voir alors que tu es assis près de moi, aussi visible que moi même ? 

    Le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) répondit en souriant, insouciant de l'incrédulité de cette femme vouée, incontestablement, aux affres du Feu : 

    - En effet, un ange s'est interposé entre elle et moi. 

    Le Mariage de Ruqiyya et 'Uthman Ibn 'Affan 

    En renvoyant les deux filles chez leurs parents, Abu Lahab et sa femme Umm Jamil pensaient perturber la famille du Prophète. 

    Ainsi, leur tentative échoua lamentablement d'autant que Uthman Ibn Affan ne tarda pas à demander la main de Ruqiyya. Celle ci allait connaître une meilleure vie conjugale avec cet homme qui faisait partie des dix hommes auxquels le Paradis avait été promis. Il appartenait à la jeunesse dorée des Quraysh. Cette union venait renforcer la communauté musulmane, d'autant plus que ses membres étaient disposés à sacrifier leurs biens et leur vie pour le triomphe de la religion de Dieu. 

    L'émigration en Abyssinie 

    Lorsque le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) vit que l'oppression s'accentuait et qu'il n'avait aucun moyen de s'y opposer, il ordonna aux croyants d'émigrer en terre d'Abyssinie où régnait un roi juste, incapable de faire du mal aux gens. 

    Uthman Ibn Affan a été le premier à émigrer accompagné de sa femme Ruqiyya. Celle ci ne pouvait pas retenir ses larmes. Elle embrassa son père, sa mère et ses soeurs avant de suivre son mari vers ce pays étranger qu'elle voyait pour la première fois. 

    Les Abyssins accueillirent convenablement les premiers émigrants et le Négus les laissa vaquer à leurs occupations en toute liberté. Il leur permit de pratiquer leur religion sans qu'aucun ne puisse exercer sur eux une quelconque contrainte. 

    Cet état ne fit qu'accroître la colère des associateurs mecquois. Ils n'admettaient pas que des musulmans puissent vivre en sécurité. Ainsi, ils décidèrent d'envoyer une délégation pour convaincre le Négus de renvoyer les émigrants à la Mecque, mais le Roi Chrétien refusa de les expulser à cause de leur croyance à Jésus Christ. 

    L'échec de la tentative procura une immense joie aux musulmans qui allaient vivre en paix, sans toutefois oublier leur patrie. 

    Ruqiyya était de celles qui avaient le plus de nostalgie. Il est vrai que c'était la première fois de sa vie qu'elle se séparait de son père, sa mère et ses soeurs. Cependant, les événements qu'elle avait subis à la Mecque et les fatigues du trajet jusqu'en Abyssinie avaient quelque peu épuisé ses forces. Sa santé était si fragile qu'elle ne pouvait supporter le bébé qui était dans son ventre. Ce fut alors qu'elle fit une fausse couche. Dieu merci, elle aura un autre enfant une année plus tard. Elle lui donna le nom de son grand-père : 'Abd Allah. 

    La faiblesse ressentie par Ruqiyya ne la découragea pas parce qu'elle était entourée des soins de son mari et de l'attention des émigrants. Leur précieuse aide lui fit surmonter la crise morale dont elle avait été atteinte. Sa santé s'améliora encore davantage quand elle apprit que le blocus organisé autour de sa famille avait été levé. 

    Les nouvelles lui parvenaient, de temps à autre, de la Mecque. Ce fut ainsi qu'elle apprit que de nouveaux membres étaient venus renforcer la communauté musulmane. L'information la plus importante portait sur l'annonce de la réconciliation des assiciateurs avec son père. Cette fausse nouvelle s'était propagée à la suite de la mauvaise interprétation qui a été faite sur ce qui est appelé "les versets sataniques". La révélation avait mis les choses au point mais les émigrants ne l'avaient pas appris à temps. Aussi, leur éventuel retour à la Mecque les remplissait de joie. 

    Le Retour à la Mecque 

    En effet, quelques temps après, des émigrants firent les préparatifs nécessaires pour leur retour. Les partants étaient au nombre de trente trois conduits par Uthman Ibn Affan, accompagné de sa femme et de son nourrisson Abd Allah. La perspective de revoir leurs familles et leurs amis les comblait de gaieté et d'allégresse. Ils se voyaient déjà vivre dans la tranquillité et la paix. 

    Hélas ! Ils s'aperçurent que rien n'avait changé. Les musulmans mecquois étaient toujours harcelés et brutalisés par les mécréants. Ruqiyya entra néanmoins dans la maison de ses parents en toute confiance. Elle entoura de ses bras ses soeurs Um Khatum et Fatima, ignorant la mauvaise nouvelle qui l'attendait. Elle tourna son regard à droite et à gauche et demanda : 

    - Où est mon père et où est ma mère ? 

    Elle apprit que son père était allé à la rencontre des émigrants. Puis, un silence pesant s'abattit dans la maison. Elle répéta sa question : 

    - Et ma mère où est-elle ? , le coeur palpitant. 

    Um Kaltoum se tut. Quant à Fatima, elle sortit de la chambre, ses yeux gonflés de larmes. Ruqiyya se dirigea vers la chambre de sa mère qu'elle trouva vide. Elle comprit que celle qui lui donna le jour, n'était plus de ce monde. Elle demeura pétrifiée de douleur jusqu'à l'arrivée de son père qui la consola 

    L'émigration à Médine et décès de Ruqiyya 

    Ruqiyya ne resta pas longtemps à la Mecque. Après l'émigration de son père à Médine, ce fut ensuite son tour d'aller le rejoindre, en compagnie de son mari. 

    A Médine, elle feignit d'oublier la mort de sa mère et les misères qu'elle traversait depuis que son père s'était mis à appeler les gens à se conformer à la religion de Dieu. Hélas, Dieu lui fit connaître de nouvelles épreuves. En effet, son fils Abd Allah mourut alors qu'il n'avait que six ans. Elle tomba elle même malade, entourée par les soins de son mari. 

    Ruqiyya était dans un état critique quand elle entendit l'appel au Jihad. C'était la mobilisation des Muhajirins et des Ansars qui allaient affronter l'ennemi à Badr. Uthman aurait souhaité répondre à cet appel mais son coeur ne l'autorisait pas à quitter Ruqiyya qui luttait contre les affres de la mort. D'ailleurs, le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) l'en dispensa, lui ordonnant de demeurer au chevet de sa femme mourante. Quelques temps après, elle perdit l'âme, au moment où l'annonce de la victoire des croyants sur les mécréants se répandit dans toute la ville de Médine. 

    Le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui) arriva, s'approcha du lit de la défunte et l'embrassa sur le front en signe d'adieu. Ensuite, il alla consoler Fatima qui, courbée sur le lit de sa soeur, versait de chaudes larmes. 



    Toutes les croyantes accoururent en apprenant la malheureuse nouvelle de la mort de Ruqiyya. Aucune d'elles ne pouvait retenir ses larmes, tant une profonde tristesse agitait leurs coeurs. Leurs cris irritèrent Umar Ibn Khattab qui les réprimanda en leur disant que ce lieu avait besoin de calme et de tranquillité. Le Prophète (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui), stoppa leurs lamentations en disant : 

    - Tout ce qui est dans les yeux et le coeur émane de Dieu et de sa Miséricorde. Quant à ce qui vient de la main et de la langue est produit par Satan. 

    Après quoi, il fit la prière sur sa fille Ruqiyya, cette femme qui avait connu deux émigrations, l'une en Abyssinie et l'autre à Médine et dont la mort coïncida avec l'éclatante victoire de la foi sur la mécréance à Badr. 

    Qu'Allah soit satisfait de Ruqiyya 

     

    Ruqiyya, fille de Muhammad (paix et bénédiction d'Allah soient sur lui)

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